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12.20.2009

une Montagne


Extrait d’un entretien avec Francis Ford Coppola au moment de la promotion de Tetro à Paris en novembre 2009, propos recueillis par Cyril Béghin et Stéphane Delorme. Tiré du numéro de décembre 2009 des Cahiers du cinéma - nº651 –

Alors que nombre de cinéastes émergents se mettent dans tous leur états pour ne pas que le cinéma que l’on connaît soit perdu – lorsque par exemple, on s’entête à faire la gloire de la pellicule, à la voir comme le seul vrai support du cinéma – des cinéastes d’expériences, comme Francis F. Coppola, qui ont marqués l’apogée de ce cinéma à peine centenaire, ne semblent pas du tout complexés de voir qu’ils n’auront jamais terminé d’apprendre comment manier cette matière de son et de lumière en constante évolution :

[…]

Cahiers du cinéma/Durant cette discussion, donc, vous disiez que le cinéma est maintenant plus « malléable », et qu’un réalisateur peut modifier son film jusqu’au moment de la projection…

Francis Ford Coppola/ … ou au cours de la projection…

/ Vous vous imagineriez, dans le futur, comme un projectionniste, envoyant des images partout dans le monde depuis un même endroit?

/ Non, là, avec les spectateur, et plutôt à la manière d’un DJ ou d’un chef d’orchestre dirigeant un opéra.

/Vous avez déjà essayé?

/ Non, pas vraiment. Tout ce que je peux dire c’est que depuis cent cinquante ans, l’art est reproduit techniquement. Cette reproduction était, à l’origine, une nouveauté excitante en elle-même. Aujourd’hui, une œuvre d’art sur DVD ou autre support, on connaît, ça ne vaut plus rien, on peut en obtenir et en copier à n’importe quel moment.

Le cinéma connaît actuellement de graves difficultés. L’époque où les maisons de disques faisaient payer 20 dollars un enregistrement qui leur coûtait 90 cents et où les dirigeants s’achetaient des Ferrari avec l’argent encaissé, cette époque est arrivée à son terme avec l’avènement des réseaux de partage de fichiers. Si vous acheté un disque, ou un film, vous pouvez bien en donner une copie à un ami. Bien sûr, ça fait trembler les bases financières du système. Ajoutez à cela le piratage et la concurrence du sport ou de la télévision-spectacle. Alors le cinéma panique. Regardez toute la course au 3D, ils n’ont même pas réussi à trouver un système sans lunettes, c’est le même cinéma en relief que dans les années 50!

Tout cela pour dire : lorsqu’un fleuve comme le cinéma se heurte à une montagne, il trouve une voie pour continuer à exister. C’est comme une langue qui parfois, et c’est le plus intéressant, va se mêler à une autre. L’allemand s’est mélangé au latin et est devenu, au fil de centaines d’années, une nouvelle langue. Tout le monde croit savoir ce que sont les films parce qu’on vient de traverser un merveilleux siècle de cinéma, mais personne ne sait de quoi ils auront l’air dans quinze ans.

[…]


11.17.2009

Crise de la diffusion du cinéma: la solution de Jon Reiss

Jon Reiss, après avoir eu beaucoup de difficultés à vendre son documentaire Bomb It et avoir été complètement désillusionné avec le fonctionnement du marché cinématographique, a dicté un nouveau manifeste (à l’occasion du lancement d’un livre qu’il a écrit sur le sujet) pour les créateurs et grande compagnies de cinéma devant affronter les réalités nouvelles des nouveaux medias numériques.

Il lance des idées qui devraient être tout à fait éclairantes pour la multitude de réalisateurs voulant percer le marché, le plus souvent seuls devant leurs ordinateurs. Une des idées fortes est de considérer des facette de l’existence d’un film que la majorité oublient : il faut penser dès les tout débuts de la création et de sa préparation à la manière dont le film prévu pourra être distribué, diffusé, mis en marché et surtout, comment il arrivera a rejoindre le public auquel il est destiné. Ce côté, la bête noire de bien des jeunes créateurs soifs d’indépendance, est souvent aussi important que la création elle-même. Reiss suggère de l’envisager pour ce qu’il peut être avec suffisamment d’imagination : un travail tout aussi créatif et un œuvre ayant autant de valeur artistique et en ajoutant au projet complet. Il insiste sur les possibilités de la participation du spectateur aux processus de création et de marketing ou bien de la régénération de la projection cinématographique comme événement précieux.

Il touche aussi à un point qui peut ne pas paraître évident pour tous : un film ne peut se faire, de A à Z, sans l’aide de plusieurs personnes. Il le mets en évidence en suggérant créer un poste, dès la préparation du film, pour la recherche de distribution et de marketing.

         In other words – embrace restrictions as a mother of invention and opportunity.  This is not the solution for everyone, or every film – but it is something to consider. – J.Reiss

Les contraintes de marché sont souvent un enfer pour les réalisateurs les plus chevronnés, et même pour ceux qui s’y avance en se soumettant aux méthodes traditionnelles. Pour Reiss, les créateurs autant que les grandes compagnies doivent faire face à une même crise. Les acteurs influents du marché cinématographique doivent s’adapter, ajoute-t-il, mais les réalisateurs ont aussi tout un chemin à faire. Il y a à son avis moyen d’utiliser et de détourner les contraintes du marché à l’avantage des plus inventifs.

         The artificial divide between art and commerce must be eliminated. – J. Reiss

Il faut par contre douter un peu de cette idée de division entre art et commerce. Le problème auquel font face les industries culturelles tient plutôt du fait contraire, c’est-à-dire que des formes d’arts qu’ils ont réussi à marchandiser à merveille auparavant (cinéma, musique, etc.) sont maintenant accessibles gratuitement – et illégalement – et avec de nouveaux avantages (mobilité, immédiateté, etc.) grâce aux nouveaux medias. Évidemment, il est possible de forcer les mécanisme de ce marché pour s’y trouver une place, mais il se pourrait tout de même, dans un monde où la manière d’approcher les médias de toutes formes est des plus sensible au changement drastiques, que la valorisation de l’art, sa mise en marché, ne soit pas la solution à venir. 

Jon Reiss croit dur comme fer à sa vision des chose: ce manifeste ressemble d'ailleurs étrangement à une technique de marketing pour son bouquin abordant le nouvel état des choses. Il applique à la lettre. Tout se vend, quand on s'y met.

Voici les 10 affirmations générales émises par Reiss dans son manifeste. Elles sont chacune largement détaillées et je vous conseille d’aller le lire en entier, c'est inspirant. Quelques passages de ce manifeste sont cités sous les affirmations.

 

1. KNOW YOUR FILM/KNOW YOURSELF 
EVERY FILM IS DIFFERENT AND SHOULD BE TREATED AS SUCH 

2. CHANGE YOUR ATTITUDE TOWARD MARKETING 
 

3. DETERMINE YOUR AUDIENCES AND HOW TO REACH THEM FROM INCEPTION


4. WHEN YOU HAVE FINISHED YOUR FILM, YOU ARE HALF DONE
 

5. WE MUST TAKE BACK THE THEATRICAL EXPERIENCE AND REDEFINE IT AS LIVE EVENT/ THEATRICAL
 

6.  CREATE PRODUCTS PEOPLE WANT TO BUY
 

7. DIGITAL RIGHTS ARE A MINEFIELD – BE CAREFUL 

8. ENTERTAINMENT COMPANIES MUST MOVE BEYOND OLD WAYS OF DOING BUSINESS
 

9. EXPLORE NEW WAYS TO TELL STORIES 

10. WE MUST SUPPORT EACH OTHER AS A COMMUNITY


 Article complet de indieWIRE rapportant le manifeste de Jon Reiss

This classification of theatrical markets wasn’t always the case. In the earliest days of motion picture films, screenings occurred in a variety of spaces: storefronts, tents, public parks, churches. Films often toured with vaudeville acts or circuses or on their own. 

It is time for filmmakers to reclaim the meaning of a theatrical release so that it is inclusive of a multitude of live-screening event scenarios.  

Festivals should open up their communities of audiences for new ways of collaboration with filmmakers seeking to engage with those audiences.  

We must embrace new forms beyond the short and the feature and recognize that a film can be one part of a larger narrative universe that can be explored in a variety of mediums. 

Article complet de indieWIRE rapportant le manifeste de Jon Reiss

10.31.2009

3-D (suite)

Un regard lucide porté par Kristin Thompson sur le cinéma 3D dans son article Has 3-D already failed? sur le blog de davidbordwell.net. Cette nouvelle approche technologique poussée par les grands actants du cinéma hollywoodien pourrait bien transformer notre manière de voir les films, que ce soit comme ils le prévoient ou non. Article à lire.

“Right now, the big proliferation is in tiny personal screens, iPod Touches, cell phones, portable gaming devices. Will teenagers allow themselves to look dorky by sitting with 3-D glasses staring at their phones? […] ­So far, it is a remarkably inadaptable technology to try and force on people whose movie-playing gadgets change every few years.”  . Article entier .

10.21.2009

nouveaux médias

« le cinéma d’animation est un médium, pas un genre »

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Charlotte Garson rapporte, pour les Cahiers du Cinéma n°649 (automne 2009), une des règles d’or des 5 gourous-créateurs chez Pixar (John Lasseter, Andrew Stanton, Brad Bird, Pete Docter, Lee Unkrich), alors qu'ils étaient en conférence à la Mostra de Venise.

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7.24.2009


Nick Roddick, contributeur au magazine Sight and Sound, dans l’édition de juillet dernier : 

«In May, Sony Pictures Entertainment chief Micheal Lynton, sitting on an industry panel in New York, was unequivocal about his attitude towards the web. “ I’m a guy who sees nothing good having come from internet (sic), period,” he said. “It seems to have done damage to every part of the entertainment business by creating this notion that people can get whatever they want right now, for free.” It’s not just a question a matter of money, however. What I suspect they’re really upset about is losing control, […]»

Micheal Lynton n’a pas tort. La notion de gratuité de la culture a effectivement été créée depuis l’arrivée d’Internet. C’est devenu une évidence : qu’on pirate ou non, mais surtout qu’on se rende compte de tous ces site web offrant du contenu gratuitement en toute légalité (theauteurs.com n’en est qu’un des exemples), tout le monde a accès gratuitement à ce qu’il est aussi possible de payer pour dans les salles de cinémas et autres médiums. Et devant l’évidence il ne faut pas se démener. Si les patrons de l’industrie cinématographique (et de la majorité des autres industries culturelles) arrivent à comprendre que l’accès au contenu culturel est complètement transformé, il est difficile de comprendre qu’ils s’entêtent à l’envisager de manière traditionnelle. Si l’industrie culturelle va de moins en moins bien, ce n’est pas en accusant les acteurs de la transformation à l’accès à la culture qu’ils arriveront à rétablir l’équilibre. Ils devraient plutôt tenter de comprendre cette nouvelle réalité et voir plus loin que le bout de leurs lunettes 3D pour arriver à contrôler  comme ils y sont arrivés jusqu’à aujourd’hui.

Mais ces institutions sont peut-être trop lourdes pour pouvoir se régénérées. Elles sont appelées à disparaître, si elles ne se transforment pas radicalement. Le tapis pourraient leur glisser sous les pieds… à qui la chance?

6.23.2009

The Auteurs . Juin

The Auteurs

Ce mois-ci on nous ofre une sélection de palmes cannoises...


... et de restauration de 4 films de cinémas du monde menées par la World Cinema Foundation.



Si vous ne connaissez pas déjà ce site Internet développé par la maison de distribution dvd Criterion, n'hésitez pas à allez vous y inscrire. C'est gratuit.

On y donne accès à une quantité sans cesse grandissante de longs et courts métrages de cinéma du monde en streaming. La qualité est acceptable d'autant plus pour les titres offerts gratuitement à chaque mois. Sinon, au plus cher 5$, vous pouvez commander des films difficiles d'accès. Vous pourrez même obtenir un rabais s'il vous vient ensuite l'envie de commander le coffret dvd par Internet via le site de Criterion.

Seul bémol, le détenteur canadien des droits d'une grande partie des films offerts n'a pas encore lancé une version canadienne de la plateforme et ne semble pas y être intéressé. Résultat: une fraction des films présentés par The Auteurs sont disponibles en streaming dans notre région. Ils mettent par contre beaucoup d'efforts pour offrir un choix de plus en plus diversifiés aux utilisateurs hors U.S. Vous pouvez vous prononcer sur leur forum dans un sujet lancé par les administrateurs de la plateforme concernant l'éventualité d'une plus grande accessibilité pour les utilisateurs canadiens.

Rassembler les morceaux diffus

Répertoire audiovisuel Québec / (+)

Peut-être prend-t-il du temps avant que de telles initiatives prennent forme. Il reste que venant de la Cinémathèque on le regrette rarement. Un répertoire du genre pourra rassembler les morceaux diffus de la cinématographie québécoise à travers la toile et notre mémoire.
Il faut espérer que la nouvelle plateforme ne deviendra pas une machine à complaisance et qu'elle saura vivifier et affirmer la présence du cinéma québécois. Il faudra par exemple ne pas se limiter à la description détaillées des productions audiovisuelles mais aussi des différents acteurs qui y ont participer (réalisateurs, producteurs, maison de production, distributeurs, scénaristes, acteurs, investisseurs, etc.) Il faut que ce deviennent un outil concret pour le présent et le futur.